La bataille d'Arras : 20-24 mai 1940

LA BATAILLE D'ARRAS : 20-24 MAI 1940

Récit et documentation : André Coilliot

Ce récit est un résumé  tiré du livre d'André Coilliot.

"Sombres jours de mai 1940" Edition Sutton

 

le 10 mai 1940:Offensive des troupes allemandes sur le Luxembourg, la Belgique, la Hollande et la France :Dix divisions blindées, des divisions motorisées, une aéroportée, une de parachutistes, 115 divisions d'infanterie. A Arras comme dans de nombreuses villes, on subit le premier raid ennemi, L'attaque aérienne se limite au champ d'aviation où les dégâts sont assez réduits.

14 mai 1940 : Second raid sur Arras. Cette fois c'est le quartier près de l'hôtel de l'Univers qui est touché. De nombreuses bombes incendiaires sont lancées... Les réfugiés affluent à Arras et dans la région.

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17 mai 1940 : Arras ne dispose que de quelques unités britanniques pour assurer sa défense. Le 1er bataillon de Welsh Guards cantonné depuis novembre 1939 à Izel-lez-Hameau reçoit l'ordre de venir tenir la ville devant la poussée allemande qui s'accentue.

18 mai 1940 : Cambrai est tombé, St. Quentin l'est aussi et Péronne va bientôt être pris. La 7e Panzer Division commandée par le Général Rommel fonce, s'arrête à Cambrai, se remet en ordre et fait le plein de ses véhicules. C'est elle qui se dirigera vers Arras. Pour défendre Arras (Qui est sous contrôle britannique) quelques unités disparatres des Welsh Guards. Le G.Q.G britannique reçoit deux divisions  incomplètes et mal armées.

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A Arras, le Général Petre qui arrive du Q.G. de la 12e Division d'infanterie prend alors le commandement des différentes unités britanniques qui doivent tenter d'enrayer l'avance ennemie. La défense de la ville se complète par quelques unités d'infanterie, d'artillerie, de reconnaissance, de défense anti-tanks et de génie anglais. Toutes ces unités sont alors appelées "Petre Force". Arras est alors tenu par environ 3000 britanniques et la consigne est de tenir.

19 mai 1940 :Une brigade de la 12è Division britannique est envoyée entre Doullens et l'Arbret et la 35è brigade est placée à Abbeville. Partout des untés qui se replient, des réfugiés apeurés, une aviation ennemie qui mène une activité incessante. A arras, à 15 h 20, les bombardements allemands pilonnent la gare. Il y a plus de 100 morts, 400 blessés. Les britanniques chargés de la défense ont maintenant établi des barrages à tous les accés à la ville, des mines sont posées, les Welsh Guards et autres unités veillent... Arras est tenu.

20 mai 1940 : Les 7è , 8è et 6è Panzers Divisions s'engagent dans la région d'Arras. La 8è va s'accrocher aux éléments de la 70è brigade de la 23è Division britannique qui se replient. De violents combats vont se dérouler à Neuville-Vitasse, Mercatel et Ficheux. Côté britannique, les pertes s'éléveront à plus de 180 morts et de 4 à 500 blessés. Plus au sud la 6è Panzer Division se heutera aux défenses britanniques étalées entre Saulty et Doullens. Là encore les pertes britanniques seront lourdes. Qu'avaient les britanniques à opposer aux chars allemands? Leur bonne volonté, des fusils, quelques fusils-mitrailleurs, c'est tout! Ils ne disposaient pas d'artillerie, de mortiers, d'armes lourdes et de grenades. Témérité! Dans la plaine de Ficheux, on a vu des soldats foncer vers les chars ennemis, avec leurs fusils et leurs baïonnettes.

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Qaunt à la 7è Panzers Division, quelques peu gênée par l'intervention de chars français qui patrouillaient dans le secteur de Vis-en -Artois, elle continua sans rencontrer de résistance. Elle parvint à Beaurains à 6 h 00, progressa vers Wailly et vers l'est d'Arras jusqu'à Hautes-Avesnes et s'arrêta.

Plus au sud, retenons qu'en ce soir du 20 mai les divisions blindées ennemies sont maintenant à Amiens, à Abbeville, que les 8è et 6è sont aux abords d'Hesdin. C'est un succés sans précédent! Toutes les défenses anglaises sont bousculées. Seul Arras (Qui n'est pas attaquée) tient, de même que la Scarpe ( Par  une brigade anglaise jusqu'à Biache-Saint-Vaast et par des chars français depuis cette commune jusqu'à Douai).

A noter que pour cette journée du 20 mai, il n'y avait aucune force française qui puisse tenter une quelconque action pour enrayer l'avance.

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Suite à de nombreuses conférences tenues par les états-majors alliés, il est décidé de tenter des actions dès le lendemain 21 mai 1940.

La première sera lancée dans le sens nord-sud, afin de scinder les unités allemandes qui foncent vers la mer du Nord et qui ont coupé nos armées engagées en Belgique et Hollande avec le reste du pays, c'est à dire avec nos bases arrières. Celle-ci sera menée par les Britanniques, le 21 à 14 h 00. Quant aux Français, il leur est demandé de tenter une poussée nord-sud vers Cambrai (Elle se fera le 22 sans succés et sans pouvoir atteindre cette ville) et une autre est souhaitée dans le sens sud-nord. Or nos états-majors français sont dans l'impossibilité de rassembler des unités pour une action immédiate! Il faudrait attendre le 23 ou 24 mai. Les Britanniques vont donc tenter leur percée. Ils recevront l'aide de chars français de la 3è  D.L.M. qui protégeront leur flanc droit.

Pour les Britanniques, il importe maintenant de rassembler des chars, des unités d'infanterie et autres formations pour lançer cet assaut. Ils font revenir de Belgique ces forces et leur ordonnent de gagner les abords de Vimy dans la nuit du 20 au 21 mai.

L'attaque du lendemain doit d'effectuer sur une ligne dite de "Départ" qui est la route entre Dainville et Beaumetz les Loges. L'heure de l'assaut est fixé à 14 h 00. La mission est de foncer vers le Cojeul, la Sensée, d'y établir une tête de pont et d'y attendre l'arrivée de renforts.

Aussitôt en ce soir du 20 mai et cette nuit du 20 au 21 mai, 74 chars anglais vont revenir à Vimy. Les engins  ont besoin d'entretien, les équipages n'en peuvent plus, et l'infanterie qui va accompagner est exténuée. Les Anglais sont confiants.

Mardi 21 mai : C'est le Général Martel qui commande les chars et l'ensemble de l'opération est confiée au général Franklyn. Elle prend donc nom de " Franck Force".

2 colonnes sont formées. Chacun comprend:

-37 chars "Matilda" MKI et MKII

-1 bataillon d'infanterie

-1 batterie d'artillerie de campagne

-1 batterie anti-tank

-1 compagnie d'autoblindées et motos.

Ces 2 colonnes partent de Vimy par 2 itinéraires différents:

Colonne de droite : Vimy-Neuville St Vaast-Maroeuil-Duisans-Warlus-Berneville et ensuite route de Daiville-Beaumetz vers Wailly. 

Colonne de gauche: Vimy-Thélus-Ecurie-Anzin St Aubin-Wagnonlieu-Dainville et ensuite route Dainville-Beaumetz vers Achicourt et Beaurains.

Pendant que les Britanniques préparent leur assaut: Les chars de la 3è D.L.M. ainsi que les 13è, 22è, 35è Bataillons de chars de combat français font mouvement pour effectuer leur mission prévue pour le 23 mai à 14 h 00 (Protection flanc droit des Anglais). On sait que la 7è Panzer du Général Rommel tient le secteur de Beaurains à Hautes Avesnes et que toute la partie située à l'ouest d'Arras est maintenant remplie d'unités ennemies.

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Suivons maintenant les progressions des 2 colonnes :

Celle de droite : De Vimy  à la sortie de Maroeuil, rien à signaler, tout est parfait. Or bientôt les chars sont sous les tirs des canons allemands, ils progressent, gagne la route Arras-St.Pol, foncent vers Duisans et là filent dans la plaine en diection de la route Dainville-Beaumetz.

L'Infanterie qui doit l'accompagner est alors bloquée aux abords de Duisans pour capturer des prisonniers allemands provenant d'une colonne ennemie qui, peu de temps auparavant, a été malmenée par des chars français engagés encore plus à droite.

Les chars qui arrivent alors à la ligne de départ, se trouvent sous les violents tirs de canons anti-tanks allemands placés aux abords du bois de Wailly et de la ferme du Belloy.

De sa colonne d'infanterie, une partie sera bloquée à Duisans, une autre à Warlus. Seule une compagnie tentera de franchir la route nationale, hélas sans succés.

Seuls quelques chars s'engageront dans ce secteur face à Wailly, gagneront le village et sèmeront une impensable pagaille du côté allemand.

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Quant à la colonne de gauche: De Vimy à Dainville, elle ne rencontre aucun ennui. Les chars passent sur le côté de Dainville, empruntant la route et la plaine entre achicourt et Wailly et foncent en bousculant les forces ennemies rencontrées.

Plus de 400 prisonniers allemands sont capturés par l'infanterie qui suit les chars à distance raisonnable. Agny est repris, Beaurains est atteint. Le moral est élevé dans les chars de cette colonne.

Hélas...L'aviation ennemie veille et la progression est bientôt arrêtée. Seuls quelques engins de reconnaissance parviendront jusqu'à Wancourt. Quant à l'infanterie anglaise, elle est bloquée à Beaurains.

Lorsque le soir arrive, il est maintenant évident que l'attaque britannique ne gagnera jamais son objectif assigné: La Sensée et le Cojeul (2 petites rivières).

Au cours de la nuit, une violente offensive allemande aidée par l'aviation réduira au silence toute action des Britanniques.

A noter que pour aider la 7ème Panzer Division, la SS Toten Kopf Division (Motorisée) est venue se glisser au sud entre Beaurains et Mercatel et qu'elle y a subi des pertes sensibles avant de progresser vers Wailly, Rivière,Beaumetz et Berneville où elle y parvient au soir.

Dans la plaine vers Wailly, vers Beaurains, vers Mercatel, les épaves de chars anglais sont nombreuses, les pertes sont lourdes et seuls quelques engins parviendront à la faveur de la nuit à regagner le bois de Vimy, leur point de départ.

Il en sera de même pour l'infanterie et les autres unités engagées.

Il est aussi important de connaître que si la Sensée avait été atteinte, une brigade anglaise parvenue sur la Scarpe à Roeux devait franchir la rivière et aller rejoindre les chars et les fantassins des 2 colonnes. Or, devant leur insuccès, la brigade est restée sur sa position...

Au soir du 21 mai, côté britannique, c'est l'amertume. Côté français, les événements n'ont guère été plus heureux. Nos chars, après avoir patrouillé, après avoir tenté de rencontrer les Britanniques, vont, dans la plaine entre Warlus et Agnez-les-Duisans, ainsi que dans les villages de Berneville, Siimencourt, se heurter aux chars allemands du Régiment blindé de la 7ème Panzer Division qui fonceront vers eux. Nos chars français seront les sacrifiés de cette offensive, et cependant, bien qu'étant en petit nombre, ils causeront de lourdes pertes dans les rangs ennemis.

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22 mai 1940 :  Les Allemands, qui ont eu des grandes craintes lors de cette offensive, vont maintenant se ressaisir et continuer leurs progression.

La 7ème Panzer s'avance vers Mont-St-Eloi et le capture. Sa mission est de diriger vers Béthune. Quant à la 5ème Panzer Division, la veille, lors de l'offensive, elle se tenait dans la suite de la 7ème. Elle venait de Cambrai et après avoir tenu le flanc droit entre la route Cambrai-Arras et la rivière Scarpe, elle se presse maintenant au Sud d'Arras. Toute cette région se trouve maintenant congestionnée par de longues colonnes allemandes qui, à leur tour, sont génées par les innombrables réfugiés désamparés. La ville d'Arras reçoit toujours des raids aériens, mais elle tient. La Scarpe tient aussi. Si tous les ponts sont effondrés, tous les points sensibles sont gardés par les Britanniques.

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A l'ouest d'Arras, et après ces combats du 21 qui s'y sont déroulés et afin d'enrayer la poussée allemande qui s'accentue, les Britanniques envoient une brigade pour tenir une ligne qui va de Sainte-Catherine à Maroeuil par Anzin-Saint-Aubin.

Plus au nord, Mont-Saint-Eloi, qui a été capturé le matin, va alors être repris par des éléments du 4ème Régiment de Dragons portés, aidés par quelques chars du 18ème Dragons et du 2ème Cuirassiers. Succès pour nos soldats! Ce haut lieu est entre nos mains. Va-t-il y demeurer?

En ce soir du 22 mai, la Scarpe entre Arras et Biache-Saint-Vaast est toujours gardée par les Britanniques et, pour ceux qui sont dans la ville d'Arras, il est prévu de tenir jusqu'à la dernière cartouche, jusqu'au dernier homme! Les positions entre Arras et Maroeuil sont consolidées et Mont-Saint-Eloi qui est entre nos mains, est fortifié par nos soldats. Des barrages sont établis. Le 22 mai c'est aussi la journée des massacres et des incendies.

23 mai 1940 : La situation va rapidement se dégrader au cours de la journée. Les Français doivent  abandonner Mont-Saint-Eloi et les positions britaniques vont céder à Maroeuil, à Anzin ainsi que sur la Scarpe où des éléments de la 12ème Division d'Infanterie allemande sont parvenus à la franchir sur des canots pneumatiques entre Athies et Fampoux. Arras est au fond de deux mâchoires qui se referment de plus en plus vers le Nord, tant à l'Est qu'à  l'Ouest.

Les hommes partent vers Douai, en empruntant différents itinaires, les véhicules quitteront par convois et ramasseront les hommes en cours de route. 

 Les pressions sur les flancs Ouest et Est d'Arras se font de plus en plus pressantes. Seule compte l'évasion de la garnison britannique d'Arras. Il faut faire vite.

Nuit du 23 au 24 mai : C'est vers 2 heures du matin que les véhicules quittent la ville afin de filer vers Douai. La situation est difficile et la tentative  de cette échappée est audacieuse.

Hélas, à la hauteur de la ferme d'Hervin à Saint-Laurent-Blangy (A l'embanchement des routes vers douai et vers Athies), le convoi est alors bloqué par des tirs de canons allemands.

Sans hésiter, le lieutenant Christopher Furness des Welsh Guards, va avec quelques chenilettes de sa compagnie, et avec l'aide de quelques chars légers anglais (Qui étaient initialement attachés à la défense d'Arras), tenter de déloger ces canons, afin que la colonne de véhicules anglais puisse passer.

Sa témérité, son action et celles des hommes qui étaient avec lui, vont conduire au succès. Hélas ce brave et plusieurs de ses compagnons seront tués.

Ainsi se termine cette bataille d'Arras. A l'arrivée des Allemands, la ville est vide, sans défense, sans autorité. Les réfugiés sont dans des abris, apeurés.

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Il n'y a plus ni eau, ni électricité. Il y a des cadavres qui gisent ça et là, des victimes des bombardements meurent à l'hôpital.

Que de drames, quelle misère!

Arras une fois de plus a bien souffert.